Les Gaudes.
On
prétend que c'est le mets spécifiquement comtois. Il y a
quelque exagération. On mange des gaudes en
Franche-Comté comme ailleurs, peut-être,
particulièrement dans la plaine, un peu plus
qu'ailleurs, mais surtout on sait les faire cuire.
Les
enfants n'attendent pas toujours que le maïs soit mûr.
Ils détachent de la plante des épis encore pleins de suc
laiteux, des rôts, et en font griller sur la
braise pour les manger tout chauds. Mais c'est une
gourmandise. C'est quand les panouilles ont bien
séché, suspendues sous le toit en lourds épis assemblés
avec art, qu'elles ont été, après avoir passé au four,
égrenées en les frottant sur le bord d'un cuveau et que
les grains ont été moulus qu'on en fait les
gaudes.
Et
d'abord,
quoiqu'on en puisse penser, il ne faut pas que cette
farine de maïs soit trop fine; un peu grossière, elle a
plus de saveur. Puis il faut qu'elle soit pure de tout
mélange. Le docteur Perron décrit ainsi la manière de
confectionner les gaudes : "On commence par les délayer
(on dit débattre) dans l'eau froide avec beaucoup
de précautions pour éviter les nids de farine ou, comme
on dit, pour empêcher qu'elles ne se mettent en
gremottes... Quand elles ont été
suffisamment délayées, on les porte Sur un feu qui
ne soit pas trop ardent, et on les roûge -
remue - sans discontinuer avec le pochon ou la grande
cuiller de bois pour qu'elles n'attachent pas, en ayant
soin de manoeuvrer ou de tourner toujours dans le même
sens: notez ce point-ci. Et à mesure qu'elles
épaississent par la cuisson, on y verse du lait pour les
éclaircir.
Tout
cela est long
et minutieux. Après une heure et
demie d'ébullition - une heure et demie vous
entendez bien - les gaudes sont cuites; salons-les
d'abord avarâ manu, puis nous ajouterons, si vous
le permettez, quelques cuillerées de bonne crème, et
nous aurons après un potage exquis!."
Le
bon docteur ajoute, avec quelque scepticisme d'ailleurs:
" On prétend même vulgairement qu'elles [les gaudes]
auraient une grandes vertu prolifique. Il y a plus
d'enfants dans une mesure de gaudes que dans deux muids
de vin, suivant un vieil adage du pays:!. "
C'est possible, mais tout de même il exagère
quant à la façon de les préparer. Il n' y faut pas tant
de manières sauf pour les démê1er, car elles doivent
être sans catons. Après cela laissons-les cuire
une bonne heure et toutes seules, et qu'elles
épaississent: des gaudes claires, c'est tout comme rien!
Et qu'elles se couvrent d'une peau qui ne soit pas
minces, et qu'elles fassent de la rasure autour
de la marmite; la rasure, il n' y a rien de
meilleur, et la peau'?
Remettre la
peau sur les gaudes est un proverbe comtois qui en
dit long sur sa valeur.
Un
peu avant de les servir, on les sale et on y met un bon
morceau de beurre frais qu'on laisse seulement fondre
sans cuire.
Le
lait se verse froid sur les gaudes, dans l'assiette, et
se prend avec elles par cuillerées mi-partie de l'un et
des autres, sans mélange: de la crème vaudrait mieux, c'
est bien sûr, mais rien d'autre; c'est en Bresse qu'on
les sucre et même qu'on y mélange de la courge...
Horreur!
(*)Dr PERRON : Les
Francs-Comtois; Cariage;
Besançon; 1892, in-8, p. 193. 2 Ibidem, p. 195.
prétend que sur un
champ de bataille, il était facile de reconnaître les
cadavres des Comtois à la couleur jaune de leur
postérieur.
d'après le livre les secrets de la cuisine
Comtoise Pierre Dupin
1927