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Histoire de la
Cancoillotte

la
CANCOILLOTTE A 2000
ANS
Depuis plusieurs siècles en
Franche-Comté, paysans et fromagers fabriquent de la
cancoillotte. Cette spécialité de fromage fondu est
consommée à 90 % dans la région. On fait remonter son
origine à l'époque gallo-romaine. La cancoillotte aurait
donc plus de 2 000 ans d'existence et elle devait
figurer sur les tables séquanes et gallo-romaines. Le
mot cancoillotte est la traduction littérale du latin
concoctum lactem, trouvé dans les écrits romains
relatant la prise de
la Séquanie (Franche-Comté) en 58 avant
notre ère. En effet, écrit Robert Bichet : des sources
littéraires nous apprennent que dans tous les
territoires occupés par les Romains, on connaissait
parfaitement la préparation du fromage, Virgile nous
indique, dans ses écrits, que les fromages étaient
fabriqués par les bergers qu'il a chantés. Entre
l'avènement de Charlemagne et la fin du Moyen-Age
surgirent peu à peu les variétés de fromages qui ont
fait la fierté de
la France
actuelle. On sait que c'est à cette époque que les
maroilles, munster, pont-l'évêque et brie connurent
leurs premieres heures de gloire. C'est à l'époque aussi
que naquit le gruyère et vraisemblablement la
cancoillotte. On fixe le début du gruyère vers le XIIè
ou XIIIè siècle pour la cancoillotte, les origines sont
moins précises. De source moins scientifique,Laurent
Zerlauth, l'un des deux repreneurs de la fromagerie
Raguin, raconte une vieille légende qu'il a entendue sur
les plateaux du Haut-Doubs : dans une ferme comtoise, il
y avait deux géants surnommés Cancoille et Yotus. Une
bagarre éclate entre les deux hommes, et au cours de la
bataille ; le géant Yotus tombe sur le coin de la
cheminée et renverse un pot de lait caillé, le récipient
se vide alors dans le chaudron suspendu au-dessus du
feu. Et, tout naturellement, le lait caillé a fondu,
Cancoille étant vainqueur de la rixe, le fromage fondu
se serait appelé cancoillotte. Certains historiens
fixent à la cancoillotte des origines beaucoup plus
récentes, ils situent son apparition au XVIe siècle. Une
apparition très hasardeuse d'ailleurs due à une erreur
de fabrication. Séduit par cette recette, Nicolas de
Granvelle, ministre de Charles Quin l'aurait introduite
à la cour de celui-ci. La cancoillotte était par
excellence le fromage du pays comtois sauf dans la haute
montagne et sur les plateaux où le lait était abondant
et où on fabriquait du gruyère appelé autrefois
Vacherin. La cancoillotte est le fromage du bas pays, le
fromage des vallées. La cancoillotte est alors appelée
fromagère, camoillotte, fromage de femme, fromage de
ménage, ou encore fromage gaudot, elle est fabriquée
essentiellement dans les fermes. Pendant la première
guerre mondiale (1914-1918), la cancoillotte est mise au
point, elle est stérilisée et mise dans des boîtes de
fer blanc. Celle-ci seront destinées aux jeunes soldats
francs-comtois envoyés au front. Cela jouera un grand
rôle dans sa diffusion.
SECRETS DE
FABRICATION
Préparation du
méton :
Dans des temps très anciens, le lait était
déposé dans de grandes écuelles en bois, dans de vastes
coquelles de terre ou des terrines vernies venant de
Boult (petit village près de Marnay). Le lait reposant
dans ces larges récipients, la crème, qu'on appelaient
le paidessus, était délicatement retirée avec des poches
à écrémer qui étaient des espèces d'écumoires en cuivre.
Ensuite on récupérait de la même façon, ce qu'on
appelait le recouraton qui est la seconde crème qui se
forme sur le lait reposé. La crème ainsi retirée, le
lait restant dans la terrine était abandonné à une
acidification naturelle. Pour activer cette
acidification, on plaçait le lait dans un lieu à
température élevée, 20 à
30°C. C'était
autrefois au coin de l'âtre, plus tard au coin du
fourneau. Une fois la coagulation obtenue, on employait
des procédés différents selon la quantité à traiter. Si
on avait peu de lait caillé, on le plaçait dans un linge
formant un sac pendu à une potence quelconque, souvent à
l'espagnolette de la fenêtre au dessus de l'évier. Le
sérum s'égouttait et le caillé faisait un bloc. Si on
avait une quantité plus importante, on le déposait dans
une bassine de terre que l'on faisait chauffer au
bain-marie, à une température allant de 60 à
80°C. La pâte se
rétractant sur elle-même finissait par se purger de son
petit lait. On l'enveloppait alors dans une toile pour
qu'elle continue à s'égoutter, mais dans tous les cas,
il fallait la soumettre à une certaine pression pour
obtenir un égouttage total et avoir un méton blanc et
sec. Chaque ferme, ou presque, possédait un pressoir
spécial dit pressoir à méton. Ce pressoir était composé
d'un bâti de bois portant un coffre carré souvrant sur
le côté. Le coffre de bois reposait sur un plancher
formant un égouttoir, la pression s'exerçait par une
grande vis de fer manoeuvrée par une chignole de bois ou
de fer. (manivelle qu'on tournait avec la main). La
pression éliminait toute l'humidité, et l'on sortait du
pressoir un bloc cubique de méton blanc et
sec.
Affinage du
méton
:
Les pains de méton blanc devaient être
émiettés. Suivant la quantité, le méton était émietté à
la main ou broyé dans une râpe à méton. Cette râpe était
une sorte de moulin en bois, le méton passait dans une
tôle perforée dans laquelle il était réduit en miettes.
Émietté à la main ou à la râpe, le méton était placé
dans une terrine et recouvert d'un linge et d'une
couverture, car il devait être gardé au chaud plusieurs
jours. On plaçait donc la terrine dans un coin de
l'âtre, plus tard près du fourneau, plus tard encore
dans l'étuve de la cuisinière. La légende dit que pour
obtenir une température idéale, on plaçait la terrine de
méton sous le plumon de la ménagère, l'édredon qui était
fait le plus souvent de plumes d'oies.) Pour parler de
l'affinage du méton, on disait aussi son murissement
voir même son pourrissement,celui-ci durait plusieurs
jours.

CANCOILLOTTE une recette
Originaire de Franche-Comté,
la Cancoillotte est un fromage très
particulier dont la consistance est celle d'un miel
épais et la saveur... très fruitée! On dit qu'Attila
consommait des fromages faits au lait de femme Un
jour, Paul Bert en servit a la talble ou se trouvaient
des hommes politiques, des savants, des artistes. Chacun
trouva ces petits fromages blancs délicieux, mais
lorsque l'humoriste révéla la nature de
ces gourmandises, l'un des convives se trouva mal et
parla d'anthropophagie. « Mais non répliqua Paul
Bert, imaginez simplement que vous êtes encore en
nourrice ! » Il en existe de nombreuses formules,
certaines fort savantes, en voici une, facile à réaliser
à la maison. Dans une grande terrine, versez
5 litres de
lait écrémé et réchauffez-le au bain-marie jusqu'à 25°
C. Maintenez cette température jusqu'à ce que le lait
coagule de lui-même, ce qui demande plus ou moins de
temps, suivant la saison, le temps, et l'acidité du
lait. En hiver, il est possible d'activer un peu le
processus en ajoutant au lait 5 gouttes de présure.
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CANCOILLOTTE (METON)
Faire
chauffer du lait écrémé dans une marmite.
A
mesure que le lait caillé monte, l
e retirer et le mettre à
égoutter.
Le presser dans un linge,
puis le placer dans une terrine et couvrir avec un
morceau de lainage.
Laisser fermenter 2 à 3
jours.
Le
remuer chaque jour jusqu'à ce qu'il soit fermenté
Ceci se nomme le « méton ».
Le faire fondre dans '/2
verre d'eau, sur le feu avec un peu de beurre, du sel et
une pointe d'ail.
Versez dans un bol. Se
consomme froide ou chaude.

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On disait en
patois
: (é fô lo rmuyà juskèkà k
èl o poâri)
(il
faut le remuer jusqu'à ce qu'il soit pourri). On
reconnaissait qu'il était à point à l'oeil, au doigt et
au nez : à l'oeil : il devait avoir une couleur jaune
dorée, s'il avait des reflets légèrement verdâtre,
c'était signe qu'il était pourri à point ; au doigt : il
devait être élastique ; au nez : il devait dégager une
odeur caractéristique et forte de fermentation.
D'ailleurs à ce stade, il est interdit de le goûter, on
ne peut l'apprécier vraiment, que lorsque la
cancoillotte était terminée.
La fabrication
industrielle de la cancoillotte : La fabrication
industrielle de la cancoillotte date quà partir de la
fin du XIXe siècle date où les laiteries, se sont
développées partout. Les machines à écrémer remplacent
l'écrémage à la main, c'est la que l'on commence à faire
du méton industriel. Les laiteries se modernisent, tout
est mécanisé, le lait est traité dans des
centrifugeuses, les machines à écrémer tournent à 6 000
tours minute. À la sortie des centrifugeuses la crème va
directement dans des barattes mécaniques où elle est
transformée en beurre, tandis que le lait écrémé passe
dans des chaudières où il est caillé, chauffé et séparé
du petit lait. À sa sortie, il est égoutté et pressé
afin d'obtenir des pains de méton blanc. Ce méton blanc
est alors expédié chez les marchands de fromages et dans
certain magasins d'alimentation.
Puis la
cancoillotte apparaît en bols, elle se vend non
seulement en Franche-Comté mais aussi dans de grandes
villes tels que Lyon ou Paris. Mais la cancoillotte ne
se conserve pas, elle est difficilement transportable,
elle s'aigris, moisi, devient rapidement immangeable.
Comment est-on arrivé à faire de la cancoillotte un
fromage de longue conservation ? Un de ceux à qui l'on
doit la trouvaille est Laurent Raguin, le fondateur de
la Cancoillotte Raguin de Baume- les Dames. Pendant
la guerre de 1914, comme tant d'autres, il est mobilisé.
La cancoillotte lui manque. Il demande à sa femme de lui
en envoyer. Mais les transports sont lents, la
cancoillotte lui arrive moisie, souvent immangeable.
Madame Raguin fait alors un essai de stérilisation et la
cancoillotte arrive en bon état. À la fin de la guerre
Laurent Raguin s'installe à Baume-les Dames et poursuit
les essais de sa femme. Par pasteurisation, il parvient
au résultat recherché : la
Cancoillotte Raguin est née. La
conservation enfin réalisée, nous pouvons donc lui
associer le nom d'un illustre Franc-Comtois : Louis
Pasteur. La cancoillotte industrielle, née entre les
deux guerres, n'a pas cessé de se développer depuis et
aujourd'hui quatre entreprises la fabriquent
couramment.
La fabrication
industrielle comprend trois phases : 1) fabrication du
méton
:
Il peut s'obtenir par voie lactique ou par
addition de présure : Le méton est fabriqué
principalement dans quelques grands ateliers, notamment
en Haute-Saône où s'approvisionnent les revendeurs et
aussi certains fabricants comme Raguin de Baume-les
Dames et
la
Belle Étoile de
Franois. Deux entreprises industrielles la laiterie
Landel de Loulans les Forges et la coopérative laitière
de Rioz fabriquent leur méton quelles transforment en
cancoillotte. Pour
100
litres
de lait écrémé on obtiendra entre
6
kg et
6
kg 500 de méton affiné. Il y a
deux sorte de méton, le méton lactique et le méton
présuré. Le méton lactique est obtenu par acidification
naturelle du lait, sans addition de produit extérieur.
Le lait est écrémé par centrifugation, puis mis dans des
cuves à des températures comprises entre 25 et
35°C, après le
caillage vingt heures après, on brise le caillé et on le
chauffe. Le caillé se sépare du sérum et monte à la
surface porté par un gaz produit lors du caillage. La
cuisson terminée on place le caillé dans des moules
munis de toiles et on le presse pour l'égouter, afin de
former un gâteau solide. Le méton présuré est obtenu
dans les mêmes conditions que le méton lactique, mais
l'addition de présure lors du caillage donne un caillé
plus ferme, qui doit être découpé avec un
tranche-caillé. L'acidification est moins importante, le
goût final plus neutre. En pratique, on mélange 50% de
méton lactique et 50% de méton présuré avant la fonte,
pour obtenir la cancoillotte. Après cette fabrication
telle quelle vient d'être décrite, les pains de méton
sont stockés au froid et même quelquefois congelé (en
vue d'un report de plusieurs mois) à
-20°C
environ.
2)
affinage ou pourrissement du méton :
L'affinage
débute par le broyage des pains de méton dans un moulin
mécanique de façon à égrener le méton, ensuite le grains
obtenus seront salés. Le sel joue deux rôles, le goût et
le développement d'un micro-organisme, favorisant ainsi
la fermentation future. L'affinage proprement dit,
s'effectue en chambre chaude, à température variant de
27 à
30°C
. Un affinage de
bonne qualité dure 24 heures environ. Le méton est mécaniquement
remué, les grains deviennent plus collants. Plus
l'affinage est poussé, plus le méton a un goût
prononcé. Il est ensuite séché et conservé au froid avant
d'être fondu, ou vendu en
l'état.
3) fonte du méton
pour arriver à la cancoillotte :
Après affinage, le
méton est fondu en présence d'eau, de beurre, de
condiment et de sel, afin d'obtenir une pâte homogène
qui est la cancoillotte. Autrefois, le méton était fondu
dans des cuves ouvertes, à des températures voisines de
80°C, pendant dix
minutes. Actuellement, ce travail est réalisé dans un
pétrin automatique qui permet un chauffage plus intense
et plus rapide. La fonte du méton, même mécanique,
demande une grande habitude. Chaque fondeur possède son
tour de main se qui lui vaut la réussite de sa
fabrication tant pour le goût, que pour la texture et la
conservation. La cancoillotte est commercialisée en pots
de plastique, elle est coulée sur des machines spéciales
qui remplissent les pots au dosage voulu et les ferment
automatiquement en inscrivant sur la languette du
couvercle la date de limite d'utilisation. La durée de
conservation est le plus souvent de deux mois, ce qui
laisse une confortable marge de
sécurité.
d'après http://www.recettes-et-terroirs.com

Cancoillotte
(suite)
...... Lorsque
la coagulation est complète, placez la terrine dans un
bain-marie à 40-45°C pour durcir le caillé pendant 15
min.
Versez
le caillé sur un tamis muni d'une étamine et laissez
égoutter pendant 3 heures.
Le caillé est alors dur et friable.
Émiettez-le avec les doigts et mettez-le dans un pot de
grès.
Fermez le pot
et laissez fermenter ainsi à la température de 25° C en
remuant le caillé tous les jours avec une spatule de
bois. Le temps de la fermentation est plus ou moins
long. Le caillé
sera à point Iorsqu'il aura pris la consistance d'une
pâte élastique, jaune foncé : c'est alors, le
« metton »,
qu'il faut travailler pour obtenir
la Cancoillotte. Versez
le metton dans une casserole placée dans un bain-marie
bouillant. Remuez sans cesse à la spatule, en
incorporant petit à petit 90 g de
beurre frais et 50
g de lait bouillant
salé avec 3 g de sel.
Remuez continuellement, jusqu'à ce
que le mélange parfaitement homogène et lisse ait
l'apparence d'un beau miel doré. Ajoutez alors une
forte pincée de poivre. Versez
la
Cancoillotte dans de petits pots en
terre et laissez refroidir. Elle va figer légèrement et
elle peut étre consommée aussitôt, mais vous pouvez
aussi couvrir les pots et les conserver au froid.
Il est
préférable de sortir le pot que l'on désire consommer
quelques heures auparavant, car
la Cancoillotte est meilleure à la température
ambiante.
Certains
remplacent le lait par du vin blanc et ajoutent de
l'ail. Vous pouvez essayer: c'est affaire de
goût.
JPM

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